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Méthodes — cadre 05

Red teaming IA : jouer l'adversaire pour de vrai

Un red teaming IA ne cherche pas à cocher une liste de tests. Il simule un attaquant motivé, sans périmètre annoncé, qui cherche à faire dévier un système d'intelligence artificielle de son comportement prévu — pour révéler ce qu'un audit de conformité ne verra jamais.

Ce que le red teaming IA cherche à obtenir

Le terme vient du domaine militaire : une « équipe rouge » incarne l'ennemi pour éprouver les défenses d'une « équipe bleue ». Transposé à l'intelligence artificielle, le red teaming consiste à confronter un modèle ou une application à des sollicitations hostiles, imprévues ou détournées, pour observer jusqu'où il tient — et où il cède.

L'objectif n'est pas de produire un score. Il est de répondre à une question précise : que peut faire faire à ce système une personne qui veut lui nuire, le détourner, ou en extraire ce qu'il devrait protéger ? Un modèle peut afficher 95 % d'exactitude sur un banc de test et, dans le même temps, révéler son prompt système, générer des instructions dangereuses sous un déguisement de jeu de rôle, ou exécuter une action non autorisée parce qu'une instruction était cachée dans un document.

Le principe fondateur

Un système d'IA n'est pas déterministe. On ne prouve pas son innocuité en énumérant ce qu'il fait correctement : on cherche activement les entrées qui le font échouer. Le red teaming est cette recherche méthodique de l'échec provoqué.

Ce qu'il teste, ce qu'il ne teste pas

Le red teaming IA porte sur la couche de raisonnement et de comportement du système, pas seulement sur son infrastructure. C'est ce qui le distingue d'un test d'intrusion applicatif classique.

Dans le périmètreHors périmètre (autres audits)
Contournement des garde-fous du modèle (jailbreak)Failles réseau et pare-feu
Injection directe et indirecte de promptGestion des correctifs système
Fuite du prompt système ou de données de contexteConfiguration des serveurs
Actions non autorisées d'un agent outilléAuthentification et gestion des accès applicatifs
Génération de contenu dangereux ou interditChiffrement des données au repos
Hallucinations exploitables et biais systématiquesSauvegardes et continuité d'activité

La confusion fréquente entre red teaming et test d'intrusion mérite une clarification à part entière : elle fait l'objet de la page pentest ou red teaming. Le catalogue précis des attaques employées est détaillé dans attaques LLM & GenAI.

Comment se déroule une campagne

Une campagne de red teaming IA suit une trajectoire en cinq temps. Contrairement à un test scripté, chaque phase nourrit la suivante : ce qu'on apprend d'une faille oriente la recherche de la faille d'après.

Phase 1

Cadrage & menace

Définir ce qu'on protège, contre qui, et ce qui constituerait un échec inacceptable. On modélise l'attaquant plausible.

Phase 2

Reconnaissance

Comprendre l'architecture : quel modèle, quelle base documentaire, quels outils l'agent peut-il appeler, quels garde-fous sont en place.

Phase 3

Attaque itérative

Sollicitations hostiles, jailbreaks, injections, escalade. On affine à chaque tentative selon les réactions observées.

Phase 4

Exploitation

Une fois une faille trouvée, mesurer jusqu'où elle mène : simple écart de ton, ou fuite de données, ou action réelle non autorisée.

Phase 5

Restitution

Rapport factuel : chaque faille reproduite, son impact, sa criticité, et les pistes de remédiation testables.

La phase 3 peut être conduite à la main, mais elle est de plus en plus assistée par un modèle attaquant qui génère et fait muter des milliers de sollicitations. Ce basculement vers l'automatisation est traité dans une IA qui en attaque une autre.

Qui compose une équipe rouge

Un red teaming IA sérieux mobilise des compétences que rarement une seule personne réunit. La qualité de la campagne dépend de cette diversité de regards.

Ce que produit le red teaming

Le livrable n'est pas une note globale mais un dossier de preuves. Chaque vulnérabilité y est reproductible : sans reproductibilité, un signalement n'a aucune valeur de preuve.

Ce dossier s'inscrit ensuite dans une démarche plus large d'audit, qui distingue l'analyse des besoins de l'organisation et l'évaluation de sa sécurité — objet de la page audit IA : besoins & sécurité. Pour les systèmes fondés sur une base documentaire, la mesure du taux d'hallucination complète le red teaming : voir auditer un RAG & les hallucinations.