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Méthodes — cadre 06

Pentest ou red teaming : deux postures, deux résultats

La confusion entre pentest et red teaming est universelle. Elle vient d'une ressemblance superficielle : tous deux simulent une attaque. Mais le pentest cherche une vulnérabilité pointue, le red teaming en cherche l'intention dans le système. Deux approches, deux durées, deux livrables.

D'où vient la confusion

Un pentest et un red teaming font tous deux appel à des compétences adversariales : ils testent. Ils produisent tous deux un rapport qui énumère des failles. Un client entend parler de « test d'intrusion » et « red teaming » dans un même contexte et les juge équivalents. C'est faux, mais l'erreur est compréhensible.

La différence réelle n'est pas dans les outils ou les techniques employées — un red teamer utilise souvent les mêmes exploits qu'un pentesteur. Elle réside dans l'hypothèse : en pentest, on demande au testeur « trouves-moi ce qui fuit ». En red teaming, on lui dit « tu es un adversaire motivé, montre-moi ce qu'on ne peut pas empêcher ».

L'erreur stratégique

Acheter un « red teaming » alors qu'on a besoin d'un pentest, ou inversement, c'est recevoir un diagnostic incomplet. Et la facture reste la même.

Les deux démarches côte à côte

Voici les quatre dimensions où elles divergent vraiment.

Pentest

Périmètre

Infrastructure applicative fixe, frontières établies à l'avance. On teste une URL, un serveur, une API nommée, dans un environnement annoncé.

Red teaming

Périmètre

Périmètre délibérément flou. La cible peut être le modèle, ou l'agent qui l'utilise, ou les données qu'il consomme. L'attaquant reel n'a pas de frontières.

Pentest

Durée

Nombre de jours fixe. Souvent : 5 jours, 10 jours, 2 semaines. La campagne s'arrête au jour J convenu. C'est un calendrier contractuel.

Red teaming

Durée

Durée flexible, liée aux objectifs atteints. On arrête quand on a trouvé X failles graves, ou quand aucune faille supplémentaire n'apparaît depuis Y jours. C'est une question d'épuisement, pas de calendrier.

Pentest

Posture

Le pentesteur connaît les frontières : il ne teste que ce qu'on lui a dit de tester. Il respecte les règles d'engagement annoncées. L'équipe bleue sait qu'il vient.

Red teaming

Posture

L'équipe rouge agit sans règles d'engagement préalables — ou avec des règles volontairement vagues. Elle simule un attaquant réel qui ne demande la permission à personne. L'équipe bleue ne sait pas que le test a commencé.

Pentest

Objectif

Lister les vulnérabilités découvertes et les failles observables. Le résultat : un catalogue exploitable, rangé par sévérité. La question : « qu'est-ce qui fuit ? »

Red teaming

Objectif

Démontrer que le système ne résiste pas à une posture adversariale soutenue et adaptée. Le résultat : un scénario d'attaque cohérent, avec éventuellement une chaîne d'exploitation. La question : « peut-on vraiment m'arrêter ? »

Quand utiliser l'un, quand utiliser l'autre

Le choix dépend de ce que tu veux vraiment vérifier.

Pour l'IA, la ligne s'efface

Sur les systèmes d'intelligence artificielle, la distinction se brouille. Un pentest classique teste des routes HTTP, des authentifications, des injections SQL. Mais un LLM n'a pas de « SQL à injecter ».

Il existe donc une zone grise : les tests spécifiques au modèle — jailbreak, prompt injection, fuite de prompt système — sont-ils du pentest ou du red teaming ? La réponse pragmatique : c'est du red teaming, même si la durée reste courte (quelques jours) et le périmètre étroit (le modèle seul). Car tu cherches à démontrer qu'on ne peut pas arrêter l'écart de comportement, pas à lister les bugs applicatifs.

La réalité pour l'IA

Tout ce qui touche aux garde-fous du modèle, au prompt système, aux données qu'il consomme, ou aux actions qu'il peut exécuter en tant qu'agent, relève du red teaming. La séparation pentest/red teaming cesse d'être pertinente. Ce qui compte : une campagne adversariale méthodique, avec reproduction de chaque faille trouvée.

Ce que tu reçois en retour

PentestRed teaming
Liste des vulnérabilités trouvées, classées par sévéritéRapport de campagne avec scénarios d'exploitation complets
Preuve pour chaque faille : screenshot, requête HTTP rejouéeChaque faille reproduite, avec l'intention derrière son exploitation
Recommandations correctives par faillePistes de remédiation systémiques, au-delà du simple patch
Temps d'exécution : 1–3 semainesTemps d'exécution : 2–12 semaines selon la complexité
Coût : modéréCoût : plus élevé (équipe plus diverse, durée plus longue)

Comment décider

Trois questions à te poser :

1. Quel est le risque résiduel acceptable ?

Si c'est un risque zéro ou proche — données critiques, santé, finance — tu fais un red teaming. Si c'est « on veut pas d'bugs évidents », un pentest suffit.

2. Combien de temps as-tu à consacrer ?

Pentest : quelques semaines. Red teaming : quelques mois. C'est contractuel vs. itératif.

3. Le système teste-t-il du code ou du raisonnement ?

Code classique (backend, API) : pentest. Modèle IA ou agent : red teaming.